Faire ensemble, vivre ensemble, agir pour la Paix

« Si Dieu l’avait voulu, il aurait fait de vous une seule communauté. Mais il a voulu vous éprouver par le don qu’il vous a fait. Cherchez à vous surpasser les uns et les autres par les bonnes actions. Votre retour à tous se fera vers Dieu, il vous éclairera au sujet de vos différends » (Sourate 48-verset 5).

posté le dimanche 18 septembre 2016

le 17 septembre 2016 : Repas de l'amitié islamo-chrétienne "Le lien de la Paix, Ribât Essalâm" à la Maison Sainte Irénée à Lyon 5

 

 

 

  

Formidable réussite du repas de l'amitié islamo-chrétienne

"Le Lien de Paix, Ribât Essalâm"

ce soir à la Maison Sainte Irénée à Lyon....400 personnes (50 % de musulmans et 50 % de chrétiens) ont partagé le couscous préparé par les bénévoles

 

(au nombre de 70, dont 50 % de musulmans et 50 % de chrétiens)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Extrait de la Lettre de Frère Alain

(Frère Mariste et Acueillant à Mains Ouvertes)

 

Cher(e)s ami(e)s ,

                                        

                                         Quelle belle journée nous avons vécu hier ! (elle avait été précédée pour bon nombre , par la conférence de Mgr. Henri TEISSIER , évêque émérite d’ALGER qui attend depuis plusieurs mois la nomination d’un nouvel évêque – on m’a dit qu’il y avait une telle affluence que les gens étaient très serrés – photos ci-dessous )

Dès le matin , les familles des Martyrs Catholiques d’ALGERIE se sont retrouvées à la crypte d’ALGERIE , avec les Religieuses et Religieux auxquels appartenaient ces martyrs , en présence déjà de Mgr. Philippe BARBARIN , de Mgr. Paul DESFARGES ,(évêque de CONSTANTINE et d'HIPPONE) et actuel administrateur apostolique du diocèse d’ALGER en attendant ...

et Mgr. Jean Paul VESCO (Dominicain originaire de LYON ) évêque du diocèse d’ORAN (où se trouvent les 2 communautés de Frères Maristes ) ,

Mgr. Henri TEISSIER et bien-sûr Mgr.Philippe BARBARIN.

 

Il y a eu lecture d’un texte spirituel de chacune des 19 victimes du terrorisme : une majorité de Religieuses , 4 Pères Blancs à TIZI OUZOU , les 7 moines de Tibbhirine ... et enfin Mgr.Pierre CLAVERIE avec son grand ami Mohamed BOUCHIKHI qui connaissait le risque de continuer à fréquenter Pierre CLAVERIE) , morts dans le même attentat terroriste .

Tout a commencé , le 8 mai 1994 par l’assassinat du Fr.Henri VERGES (Frère Mariste) avec la Petite Soeur Paul-Hélène (Petite Soeur de l’Assomption) dans la magnifique maison mauresque au-dessus de la casbah d’ALGER qui servait de bibliothèque arabisante aux lycéens d’un lycée proche , Rue Ben Cheneb . J’avais été invité parmi le groupe très étoffé des Frères Maristes comportant notamment notre Supérieur Général : Fr.Emili TURU , un ancien Supérieur Général , le Provincial actuel également Catalan , d’anciens Provinciaux , un Frère venu d’ALGERIE . J’avais été invité à participer à cette journée puisque la rencontre avec le Fr.Henri VERGES a été décisif dans ma vie : coopérant en ALGERIE (après une licence en droit et un D.E.S. de droit privé) de 1973 à 1975 – prof.dans un cours de rattrapage pour jeunes très pauvres d’ALGER Belcourt  proche du collège des Frères Maristes : le premier qui est venu me chercher , début septembre 1973 , au port d’ALGER fut le Frère Henri V. (je n’avais jamais entendu parler des Frères Maristes avant lui !) dont la vie a suscité mon admiration ... et m’a incité à vouloir à mon tour devenir Frère ! Je suis retourné à ALGER en août 1988 , logeant rue Ben Cheneb , dans le but d’assister au mariage de mon ancien élève (et Ami) Yacine qui avait assisté à la messe et participé à la fête de mes Voeux Perpétuels en 1985 à St-ETIENNE (comme un Ami Bouddhiste Cambodgien , etc. ) . Toujours m’habite ce désir de vivre de l’”esprit du Frère Henri V.” en prônant le dialogue interreligieux et en cherchant de vivre la fraternité avec les membres des autres religions monothéistes entre autres.

La famille de Fr. Henri V. n’avait pas pu venir des Pyrénées Orientales , par contre la famille de la Petite Soeur Paul-Hélène était bien représentée

(10 enfants – dont un frère prêtre en Seine-St-Denis qui était là !) 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Allocution de Monseigneur Michel Dubost (Evêque d'Evry)

 

 

 Prenant acte que les « musulmans de France sont désormais nos concitoyens », il estime nécessaire de tout faire pour favoriser le dialogue entre chrétiens et musulmans, dans le plein respect des valeurs démocratiques de respect mutuel, gage de paix sociale. Il entretient des rapports fréquents avec le recteur le la mosquée d'Evry dans laquelle il se rend régulièrement.

 

 

                                 Au début , un Frère a présenté le groupe des Frères Maristes et laïcs Maristes présents  et a dit que le “miracle” du Fr.HENRI est qu’il y a 2 communautés de Frères Maristes comme il en avait rêvé .. Les Petites Soeurs de l’Assomption étaient également nombreuses , de même des Soeurs Augustines venues spécialement d’ESPAGNE  avec une Supérieur , pour honorer la mémoire des Soeurs Esther et Soledad assassinées , des Soeurs de N.D. des Apôtres et Petites Soeurs du Sacré-Coeur de Charles DE FOUCAULD . Pour les Pères Blancs , il y avait un Assistant Général Français (alors qu’on en est au 2 ème Supérieur Général Africain !)venu de ROME que j’avais connu à ALGER et qui a dit que le “miracle” pour eux c’est qu’à N.D. d’Afrique comme à TIZI OUZOU ce sont des Pères “Blancs” (!!!) Africains qui avaient repris les activités ... . Beaucoup d’habits blancs et noirs des Trappistes , des Pères Abbés de N.D. d’Aiguebelle , de Tamié , de N.D. des Neiges et de la Grande Trappe dans l’Orne (le Père GEORGEON qui est le postulateur de la cause de béatification des martyrs) , des Trappistines et quelques membres des familles des Trappistes de Tibbhirine . Egalement un certain nombre de beaux habits blancs de Dominicains (dont l’un d’eux venu de MILAN)  pour rappeler la mémoire

de Mgr. Pierre CLAVERIE .

 

 

 

 

 Un lunch nous a tous rassemblés dans l’archevêché pour un lunch qui a permis déjà de nouer des contacts sympas . J’ai pu discuter avec les Trappistines , avec chacun des évêques d’ALGERIE , etc. Celle qui a réalisé les statues évoquant les moines de Tibbhirine à l’entrée de l’Archevêché a expliqué le sens de ses sculptures . Puis , départ en car (chauffeur perdu à l’aller et au retour !!!) pour la Grande Mosquée de LYON . Nous étions très nombreux à la Grande Mosquée , très gentiment accueillis . J’ai remarqué que beaucoup de gens nous ont rejoints dont d’autres Frères Maristes . Nous avons prié ensemble , mêlés , Musulmans nombreux dont plusieurs Imams . Présence des Scouts Musulmans , de Mgr. DUBOST , évêque d’EVRY , chargé des relations avec l’Islam , du Père Christian DELORME , du Père Emmanuel de MARSAC   ... Invitation à la fraternité et au dialogue entre Musulmans et Chrétiens sans oublier les Juifs de la part d’Imams qui rappellent l’hécatombe provoqué par les Années Noires en ALGERIE : 250.000 tués dont plus de 300 Imams . CI-dessus , ce qu’un Musulman admire chez les moines de Tibbhirine  Mgr. Philippe BARBARIN se fait prendre en photo avec des familles Musulmanes devant la Grande Mosquée de Lyon.

Belle prière en arabe de Mgr. Paul DESFARGES (évêque de CONSTANTINE et d'HIPPONE)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A N.D. de Fourvière , l’assistance était nombreuse pour une très belle messe

en présence de plus de 8 évêques.

 

J’étais derrière la maman de Mohamed BOUCHIKHI (l’ami de Mgr. Pierre CLAVERIE) que Mgr. Jean Paul VESCO viendra embrasser au moment du Salut de paix , avec un voile blanc (photos ci-dessous) qui avait déjà été présente au repas de midi , à côté de la soeur de Mohamed , son frère n’était pas très  loin , ...

Belle homélie de Mgr.Paul DESFARGES .

Grande fraternité avec les Musulman(e)s présent(e)s .

 

 

 Repas islamo-Chrétien en fin de soirée . Couscous très convivial servi par des Scouts Musulmans et Catholiques . Il nous a fallu patienter sous les tentes prêtées par la municipalité comme les tables et les chaises et sous une pluie battante , sur la pelouse en partie en pente derrière l’Archevêché .

J’ai eu la chance (photo ci-dessous –chemise verte en signe d’espérance et couleur du Prophète ) d’être à côté d’Amel , une jeune Kabyle très critique par rapport à la radicalisation de certains Musulmans qu’elle constate en Kabylie où elle hésite à revenir du fait d’une évolution qui rend la femme davantage inférieure à l’homme et de l’autre côté avec la nièce de la Petite Soeur Paul-Hélène , elle-même à côté d’une soeur de cette dernière venues de RUEIL-MALMAISON (région parisienne) = discussion passionnante .

Nous avons attendu pour débuter très tardivement le repas d’entendre les propos de 3 Imams très élogieux pour cette journée comme Mgr.Michel DUBOST , Mgr.Paul DESFAGES qui signale la présence d’une réplique de la statue de N.D. d’Afrique sur une table éclairée par des bougies  qui sera placée dans la crypte de Fourvière comme d’autres statues de vierges étrangères . Mgr. Philippe BARBARIN offrira à la maman de Mohamed BOUCHIKHI une icône de MARIE .

On nous a annoncé que c’est la Communauté du Chemin Neuf qui va faire revivre le Monastère de Tibbhirine (proche d’un Supérieur de la Communauté du Chemin Neuf –exemplaire ! – il m’a dit que cela débutera par 4 membres de leur communauté avant de l’étoffer ...) .

A ma table , il y avait un peu plus loin , Rachid , un grand ami Musulman de Mgr. Philippe BARBARIN et de “Mains Ouvertes” représentée aussi par Soeur Marie-Madeleine (P.S.A.) et Abdel Malik que vous pouvez remercier pour les nombreuses photos ci-dessous , et en face de Rachid , le Père Michel CLEMENCIN , nouveau curé de l’église St-Irénée à côté de l’Archevêché , jusqu’ici prêtre auxiliaire à St-PRIEST que j’ai félicité pour son courageux 1er texte (sans”langue de buis” !) à ses paroissiens concernant les tristes affaires qui secouent notre diocèse .

Je suis parti vers 22h30 , bien avant la fin , et j’ai été pris en voiture par un monsieur du quartier présent aussi au repas et qui a été député européen et occupe encore des fonctions politiques ! Richesse très grande des contacts de cette journée !

                                           Fraternellement ,

                                           Frère ALAIN.  

 

N.B. Vous pouvez faire circuler le texte ci-dessus – riche d’espérance en ces temps moroses et inquiétants – à vos ami(e)s ,etc. à des gens que vous avez vus pendant cette journée !       

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  
 


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posté le dimanche 18 septembre 2016

le 17 septembre 2016 : Accueil à la Grande Mosquée de Lyon, invocations à la mémoire des victimes des violences du terrorisme...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  
 


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posté le samedi 17 septembre 2016

le 17 septembre 2016 : Forum des Associations Place Guichard à Lyon 3 ème

 

 

 

 

Arkia avec Dominique Nachury

(Députée de la 6 èmpe Circonscription du Rhône)

et Simone André

 

 

Simone André, Abdel Malik Richard Duchaine

(Président de l'Association Inter-religieuse "Mains Ouvertes"

et  Dominique Nachury (Députée de la 6 èmpe Circonscription du Rhône)

 

 

 Arkia et Hadil 

 

 

Nora Berra (Ancienne ministre de la Santé) et Arkia  

 

 

Abdel Malik Richard Duchaine 

(Président de l'Association Inter-religieuse "Mains Ouvertes",  

Nora Berra (Ancienne ministre de la Santé)

et Arkia

 

 

 Mohamed Benzaoui (Conseiller d'arrondissement) et Arkia 

 

 

Arkia et Rodolphe

 

  

 Gérard Collomb (Sénateur Maire de Lyon), Arkia  et Abdel Malik Richard Duchaine (Président de l'Association Inter-religieuse "Mains Ouvertes"

 

 

 

 

 

 

  
 


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posté le vendredi 16 septembre 2016

le 16 septembre 2016 : Conférence de Monseigneur Henri Teissier (Archevêque émérite d'Alger) à l'Antiquaille Eccly

 

 

Le témoignage des musulmans sur les martyrs chrétiens d’Algérie

 (1994-1996)

 

 

Conférence exceptionnelle de Monseigneur Henri Teissier, (archevêque émérite d’Alger) le vendredi 16 septembre 2016 à 18h.

Dans le cadre de la journée de commémoration des martyrs chrétiens d’Algérie, organisée à Lyon par les autorités religieuses, chrétiennes et musulmanes, en présence des familles des victimes et des évêques d’Algérie :


Cette intervention est suivie de l’inauguration, dans les locaux de l’Eccly, d’une plaque en mémoire de Frère Luc de Thibirine qui a été médecin à l’hôpital de l’Antiquaille et où il a reçu confirmation de sa vocation de moine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Témoignage d’amis musulmans sur les martyrs chrétiens d’Algérie

(1994-1996)

L’antiquaille, 16 septembre 2016

Ces derniers mois, la France, la Belgique et d’autres pays ont été frappés par le terrorisme des extrémistes qui se disent musulmans. L’Eglise d’Algérie a connu des épreuves semblables pendant la crise algérienne des années 1992 à 1999. Aux côtés de deux cent mille Algériens, dix-neuf religieux et religieuses ont, en effet, été victimes de la même violence des extrémistes, pendant les années 1994, 1995 et 1996. Plusieurs d’entre eux avaient des liens avec la région Lyonnaise. Le diocèse de Lyon a donc décidé de rendre hommage, demain, 17 octobre, à l’ensemble de ces victimes. En effet l’année 1996, marque le vingtième anniversaire de l’assassinat des derniers membres de notre Eglise atteints par cette violence : les sept moines de Tibhirine et Mgr Claverie, avec son jeune ami musulman, Mohamed Bouchikhi.

Après l’assassinat du P. Jacques Hamel, beaucoup d’entre nous ont reçu des messages de sympathie et de solidarité de leurs amis ou voisins musulmans. Des musulmans se sont rendus dans des églises pour manifester leur participation au deuil de la communauté chrétienne de leur quartier. D’ailleurs, demain aussi, la grande mosquée de Lyon organise un accueil de solidarité spirituelle auquel nous sommes invités. Avec les responsables des conférences de l’Antiquaille, particulièrement Mr Tricou, j’ai donc pensé que, dans ce contexte, il serait significatif de faire entendre la voix de quelque uns de ceux de nos amis algériens qui se sont exprimés, après l’assassinat de nos frères et soeurs d’Algérie dans les années 1994-1996.

Nous allons donc relire ensemble ces textes, qui ont déjà été publiés à l’époque, mais qui rejoignent les autres gestes de solidarité qui ont marqué les violences plus récentes. Dans les épreuves actuelles nous ne sommes pas seuls. Nous sommes ensemble, avec ceux de nos amis musulmans qui croient que le respect de l’homme honore Dieu et veulent travailler, avec nous, à préparer un avenir à la paix.

 

 

 Assassinat d’Henri Vergès et Paul Hélène Saint Raymond, le 8 mai 1994, à la Kasbah d’Alger

De l’un des anciens élèves du Fr.Henri Vergès, au Collège de Sour el Ghozlane, où il enseignait : «  C’est avec consternation que j‘ai appris la nouvelle de l‘assassinat du Fr. Henri Vergès qui a été mon professeur. Il a passé des années dans ma ville. Nous l’avons tous connu par son caractère plein de moralité ou par son goût du métier (professeur de math). Comment pourrions- nous l’oublier et oublier son humanisme…Croyez-moi, messieurs, l’humanité toute entière s’enorgueillit de l‘existence de telles personnes et s’endeuille en les perdant…Aucune religion, aucune conscience n’approuve le crime dont il a été victime. Le regretté Henri Vergès a vécu parmi nous dans le respect de l’islam et des musulmans…. »

Et d’Alger nous recevions, aussi, le témoignage suivant : « Nous, A.B., journaliste et M.M. enseignant à l‘Université, voulons aujourd’hui vous témoigner notre amitié, notre fraternité dans ce drame qui nous touche tous. Pour nous et pour toujours, n’oubliez jamais que vous êtes nos frères. Quelle que soit la différence de nos dogmes nous pensons avoir le même Dieu. Et puis, disons-le, nous vous aimons et cela ne regarde personne. Une fois de plus, contrairement aux assassins, nous vous disons : vous êtes ici chez vous, nous vous aimons et nous prions à vos côté pour le repos de l’âme de ceux qui ont été lâchement abattus ».

Après l’assassinat de deux religieuses espagnoles à Bab el Oued, le 23 octobre 1994

Les soeurs Esther et Caridad de la Congrégation espagnole des soeurs augustines ont été assassinés, le 23 octobre 1994, à la porte de la chapelle de leur quartier, (bab el Oued) où elles allaient à la messe. Quelques jours après, Said Meqbel, le chroniqueur du principal journal francophone d’Algérie, le Watan, écrivait : « Depuis ce dimanche ma pensée ne cesse de tourner autour de l’assassinat de ces deux soeurs espagnoles. Comment et pourquoi ? Comment peut-on tirer sur deux femmes ? Deux religieuses, deux créatures de Dieu, qui, en leur dimanche dominical, allait à leur chapelle, en toute confiance, prier le Créateur ? Pourquoi ? Deux femmes qui allaient vers Dieu demander grâce. Elles allaient sûrement y aller de leurs petites prières pour nous, malheureux algériens, soumis aux fléaux. Peut-être qu’elles vont nous manquer longtemps les dernières prières de ces religieuses qui voulaient faire pencher la balance du côté de la Paix et de la Miséricorde. »

 

 

 

 

 Après l’assassinat des quatre Pères blancs de Tizi Ouzou (27 décembre 1994) 

Les PP. blancs Alain Dieulangard, Charles Deckers, Jean Chevillard et Christian Chessels, de la société des missionnaires d‘Afrique, ont été assassinés dans leur presbytère, à Tizi Ouzou, le 27 décembre 1994.

Une jeune étudiante en droit, qui les connaissait, nous écrivait alors : « L’horreur de cet acte me révolte et je suis écœuré. Je souffre avec vous, dans cette terrible épreuve, comme la majorité des algériens qui vous aiment. Ces quelques enfants de l’Algérie qui tuent tout ce qui est différent d‘eux…tout ce qui est étranger à leur univers. Au nom d’une religion de Dieu, ils tuent les enfants de Dieu. Pouvons-nous seulement envisager un Dieu qui ordonne à une partie de ses enfants d’éliminer le reste. Je pense à tous les Pères et à toutes les Soeurs qui ont défié la mort. »

Et dans le même sens, un autre témoignage : « Désormais, avec beaucoup de kabyles je me sentirai orpheline. Pour beaucoup d’entre nous, Les Pères étaient une famille, un refuge, un grand soutien moral. Tous ceux qui, hier, allaient vers eux, afin de se confier et de leur demander conseil, se sentent aujourd’hui très seuls, étreints par une grande douleur. Avec un grand courage, ils sont restés parmi nous, pour tous ceux qui avaient besoin d’eux. Nous tous, nous leur rendons hommage. Je dis ma solidarité dans la souffrance à tous ceux qui leur sont proches, et à tous leurs nombreux amis. Ils faisaient partie des êtres qui ne peuvent pas appartenir à une seule petite famille. Je suis certaine que, de là où ils sont, ils continueront à prier pour la paix et la fraternité dans notre chère Algérie qu’ils ont tant aimée »…Une jeune algérienne qui leur souhaite de reposer en paix et qui promet de poursuivre leur chemin.

 

 

 Après l’assassinat des deux sœurs NDA Bibiane et Marie Angèle (3 septembre 1995)

et de Sœur Odette P.S.S.C. (10 novembre 1995)

« Je rends hommage à toutes les soeurs et à tous les prêtres qui ont défié la mort. Vous avez résisté à la peur, à la terreur, aux menaces qui pèsent sur vous…Vos services à la population et votre amour de l‘Algérie et de son peuple – qui vous le rend bien - c’est tout cela qu’ils tuent…Cette Algérie qui voit une minorité de ses enfants - qu’elle ne reconnaît plus – tuer la majorité de ses vrais enfants. Elle souhaite vivre en paix…Que les âmes de tous les gens qui sont morts assassinés pour une cause juste, par amour des êtres et de l’Algérie, aillent au paradis. Et que Dieu pardonne à toute âme misérable qui a mal choisi sa voie dans cette vie. Et que Dieu nous pardonne à tous. »

 

 

 

 

 Après l’assassinat des moines (21 mai 1996)

Extraits d’une lettre déposée à l’archevêché par une jeune femme médecin, que nous ne connaissions pas… « J’en arrive au fait le plus horrible, celui de l’assassinat des moines de Tibhirine, qui fut pour moi pire qu’un sacrilège. Je n’arrivais ni à le concevoir, ni à l’admettre. En tant que musulmane, j’avais hurlé. Honte du sang versé d’hommes du culte de Dieu, honte de mon peuple ; honte de mon pays et, horreur, honte de ma religion….Notre cœur est déchiré car aucun musulman, je dis bien aucun, n’a été proche de nous dans notre tragédie. Personne ne nous a soutenus : au contraire nous avons été les parias du monde. Nous étions seuls dans notre souffrance et aucun n’a eu le courage ou la pensée de prier pour nous et de dire : Dieu, aide-les, excepté vous…

Je pense que c’est Dieu qui veut la présence de l‘Eglise en notre terre d’islam…Vous êtes une bouture sur l‘arbre de l’Algérie, qui, si Dieu le veut, s’épanouira vers la lumière de Dieu. Ce n’est pas votre nombre qui compte. C’est votre oraison vers Dieu…Vous êtes très importants à nos yeux. Alors, s’il vous plaît, restez avec nous. »

 

 

 Une mère de famille lit à ses enfants le testament du Fr. Christian

«  Après la tragédie, après le sacrifice vécu par vous et par nous, après les larmes et le message de vie , d’honneur et de tolérance légué par nos frères moines à nous et à vous, j’ai décidé de lire le testament de Christian à haute voix, et avec beaucoup de cœur à mes enfants par ce que j‘ai senti qu’il était destiné à nous tous et toutes. Je voulais leur dire le message d’amour de Dieu et des hommes. La solidarité humaine et l’amour de l‘autre est un itinéraire qui va jusqu’au sacrifice, jusqu’au repos éternel, jusqu’au bout. »

 

 

 Après l’assassinat de Mgr Pierre Claverie

5 Août 1996

Une mère de famille algérienne, qui collaborait avec le diocèse d’Oran a écrit, après l’assassinat du P. Claverie, une très belle lettre, dont nous extrayons les passages suivants : « La présence de l’Eglise est plus que jamais vitale pour notre pays, pour assurer la pérennité d’une Algérie plurielle, pluriethnique, ouverte sur le prochain, foncièrement tolérante et solidaire…Il existe en Algérie une « Eglise musulmane ». Elle est composée de toutes ces femmes et de tous ces hommes qui se reconnaissent dans le message d‘amour universel : elle est plus nombreuse que vous le croyez… »

« L’Eglise chrétienne par sa présence parmi nous continue de construire avec nous l’Algérie des libertés de croyance, des différences, de l‘universel et de l’humanité…Merci à l’Eglise d’être parmi nous aujourd’hui.

« En Algérie nos sangs sont mêlés. C’est ce que croyait Pierre Claverie, lui qui a mêlé son sang à celui de Mohamed. Effectivement il n’y a pas spécialement des chrétiens, ni spécialement des musulmans : il y a la révélation de Dieu à l’homme. L’homme de demain est en train de se construire, et l’Eglise d’Algérie est là pour cela. C’est pour cela que je fais appel aux forces de Dieu et de l’amour de Dieu, à l’intérieur de l’Algérie comme à l’extérieur : pour que nous ne baissions pas les bras… »

« Je veux rendre hommage aux dix-neuf religieux et religieuses qui, depuis quatre ans ont donné leur vie, pour que vive cette Algérie-là ! Je rends un hommage particulier à Pierre Claverie, notre évêque…Merci à l’Eglise d’avoir laissé sa porte ouverte : elle découvre l’homme nouveau. Et ensemble nous découvrons Dieu, car Dieu n‘est pas une propriété privée. »

On ne peut manquer aussi de rapporter ici ces quelques notes extraites du carnet que le jeune Mohamed Bouchikhi nous a laissé, avant d’être victime de la violence en même que Pierre Claverie : « Au nom du Dieu Clément et Miséricordieux…Avant de lever mon stylo je vous dis : la Paix soit avec vous. Je remercie celui qui va lire mon carnet de souvenirs et je dis à chacun de ceux que j’ai connus dans ma vie que je les remercie. Je dis qu’ils seront récompensés par Dieu au dernier jour. Adieu à celui qui me pardonnera au Jour du Jugement : et celui à qui j’aurai fait du mal, qu’il me pardonne. Pardon à celui qui aurait entendu de ma bouche une parole méchante, et je demande à tous mes amis de me pardonner en raison de ma jeunesse. Mais en ce jour où je vous écris je me souviens de ce que j’ai fait de bien dans ma vie. Que Dieu dans sa toute-puissance fasse que je lui soit soumis et qu’il m’accorde sa tendresse. »

 

 

 Après les funérailles du Cardinal Duval, célébrées en même temps que celles des moines

Nous pouvons aussi joindre à ces citations, deux témoignages sur le Cardinal Duval. En effet il est mort le jour même où l’on a retrouvé les restes des moines. Son ancien vicaire général, le P. Denis Gonzalez, a publié à l’ENAG, maison d’édition algérienne, un ouvrage entier rapportant les hommages qui lui furent adressés par ses amis algériens. Nous ne présentons que deux témoignages, le premier écrit par l’un de ses amis, professeur de médecine, et le second rédigé par le Président Bouteflika.

« Le Cardinal Duval était tellement imprégné des préceptes de l’évangile et de l’enseignement de l‘Eglise qu’ils les a synthétisés en quelques formules percutantes d’une extraordinaire clarté et d’une actualité saisissante. Ses formules transcendaient le cadre strictement religieux et atteignaient la source originelle de la morale universelle, le point initiatique de toute religion. C’est pour cela que ses discours atteignaient le cœur de tout homme de bonne volonté, qu’ils soient chrétiens ou non chrétiens. »

Et du Président Bouteflika, en 1979, à un colloque auquel il participait en hommage à Raymon Lulle : « Permettriez-vous à un Algérien, musulman comme l’ensemble de ses compatriotes, de suggérer humblement, mais solennellement, devant vous, qu’il soit demandé aux instances autorisées, la canonisation de notre ami et frère Mgr Duval. Je voudrais le faire non seulement pour le caractère exemplaire de sa vie spirituelle et active, mais aussi pour tout ce qu’au-delà des barrières idéologiques, ethniques raciales et religieuses, il a eu le courage d’incarner en affirmant l’unité du genre humain, devant l’adversité qui frappe les uns et les autres. »

« Inébranlable dans ses convictions, constamment aux côtés de son peuple, Algérien sans compromis et sans compromission, ni avec sa foi, ni avec son idéal de justice, de liberté et de paix , pendant la période coloniale, pendant la guerre de libération et au lendemain de l’indépendance, où il s’est fait partout le chantre des humbles et des opprimés. L’évocation du Cardinal Duval suscite en moi une profonde émotion.

 

(La plupart des citations présentées dans ce texte se retrouvent dans mon livre : Henri Teissier, chrétiens en Algérie, Desclée de Brouwer, 2002, p.124).

 

Séminaire à l’Antiquaille,

Lyon le 16 septembre 2016

Henri Teissier

Archevêque émérite d’Alger

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  
 


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