Faire ensemble, vivre ensemble, agir pour la Paix

« Si Dieu l’avait voulu, il aurait fait de vous une seule communauté. Mais il a voulu vous éprouver par le don qu’il vous a fait. Cherchez à vous surpasser les uns et les autres par les bonnes actions. Votre retour à tous se fera vers Dieu, il vous éclairera au sujet de vos différends » (Sourate 48-verset 5).

posté le lundi 12 novembre 2018

le 11 novembre 2018 : Cérémonie d'hommage aux soldats musulmans « Morts pour la France » au Cimetière de la Mulatière

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 


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posté le lundi 12 novembre 2018

le 11 novembre 2018 : Conférence d'Abraham Bengio : « Une langue, un paysage, un peuple, le monde séfarade » au Cercle de la Pensé

 

 

Conférence d'Abraham Bengio : « Une langue, un paysage, un peuple, le monde séfarade » au Cercle de la Pensée Juive de lyon à Keren Or 15 Rue Jules Vallès à Villeurbanne 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Abraham Bengio est né à Tanger (Maroc) en 1949. Il a été naturalisé français le 25 mars 1971.

Après des études et de nombreux diplômes en poche (maîtrise de lettres classiques, puis agrégation de lettres classiques ; licencié en linguistique générale), il a successivement été, entre autres, professeur de lettres dans un lycée en région parisienne, directeur de l'Institut français de Madrid, directeur régional des affaires culturelles de plusieurs régions, délégué général adjoint à la langue française et aux langues de France... Outre sa langue maternelle, l'espagnol, il pratique notamment le français, l'anglais, l'italien, l'hébreu et le catalan... Par ailleurs, Abraham Bengio a aussi été président de la Maison d'Izieu, mémorial des enfants juifs exterminés. 

 

 

 La notion de « langues juives » est en effet indissociable de l’expérience de l’exil… Le judéo-espagnol est issu d’un double métissage : introduction d’éléments hébraïques dans des langues ibéro-romanes, lors du séjour en Espagne, puis, après l’expulsion, emprunts au turc et au grec pour la variété la plus répandue, celle de l’ex-Empire ottoman, et à l’arabe et au berbère pour la variété parlée dans le nord du Maroc.


Après un rapide panorama des langues parlées par les juifs depuis l’époque biblique jusqu’à l’expulsion d’Espagne, nous étudierons la naissance des dialectes du judéo-espagnol et interrogerons les ambiguïtés de la notion de ladino ; nous examinerons enfin le développement et le déclin des deux dialectes effectivement parlés : le djudezmo et la ḥaketía.


 

C’est un nouveau morceau de l’histoire du judaïsme qui attendait d’être écrit et que vient combler cet ouvrage dédié au Monde sépharade . Grâce à ces deux volumes, dont il faut souligner les qualités didactiques, le lecteur se ressourcera au récit de la présence millénaire des communautés juives dans l’Empire ottoman ou dans les pays d’Afrique du Nord mais revisitera aussi l’histoire des Juifs du Yémen depuis l’époque de la reine de Saba. 

 

 

 

 

 A côté d’épisodes incontournables comme celui de l’âge d’or espagnol ou de l’expulsion qui s’ensuivit, point de départ de la dispersion de ces Juifs appelés "sépharades", on découvre la part que cette communauté prend dans le commerce ...

 

 

 A. Des temps bibliques à l’expulsion d’Espagne : quelle(s) langue(s) parlent les juifs ?


  1. L’Antiquité


Les Hébreux parlent l’hébreu biblique jusqu’en - 586 (exil de Babylone). Pendant l’exil, ceux qu’on peut désormais appeler « juifs » parlent l’araméen, qui est la grande langue internationale de communication, l’hébreu ne jouant plus pour l’essentiel que le rôle de langue de la liturgie. Au retour de l’exil (-538) : l’araméen dans la vie quotidienne, l’hébreu biblique pour la liturgie, l’hébreu mishnique (la Mishna est la première partie du Talmud) pour les échanges intellectuels. Les élites s’exprimeront volontiers en grec à partir de l’époque hellénistique (vers - 300) ainsi qu’en latin à partir de la conquête romaine (- 63). En diaspora (70 de l’ère courante, mais on trouve des communautés juives à l’étranger depuis bien plus longtemps, cf. les exilés restés à Babylone, les Romaniotes en Grèce ou la communauté d’Alexandrie…), les juifs emportent avec eux l’hébreu biblique (pour les usages liturgiques), l’hébreu mishnique, qui évoluera en hébreu médiéval et l’araméen, pour les échanges intellectuels ; mais au quotidien, ils s’expriment dans les langues des pays qui les accueillent, sauf qu’ils les parlent de façon particulière : c’est la naissance des « judéo-langues ».

 

 

Les judéo-langues


Plusieurs facteurs expliquent les particularités de ces judéo-langues naissantes par rapport à la norme du pays d’accueil :


1) l’importation massive de mots hébreux pour rendre compte des spécificités de la vie juive.

Voici un exemple imaginaire : la phrase suivante est bien « en français », même si l’abondance des termes empruntés à l’hébreu la rend à peu près incompréhensible à quiconque n’est pas familier du judaïsme : « Sarah, je vais dire la berakha sur la mezouza, apporte-moi le rouleau pour que je vérifie s’il est casher et si le sofer ne s’est pas trompé en recopiant les pessoukim, pour que je n’aille pas dire une berakhalevatala, hassvechalom! » ;

2) le phénomène des langues en contact : des tournures venues de l’hébreu ou de l’araméen entrent dans la langue vernaculaire ; ex. : le superlatif « sémitique » : le roi des rois, le saint des saints, le cantique des cantiques… ;

3) la contamination par les langues parlées au cours d’un exil précédent ;

4) l’enfermement dans un ghetto, qui ne permet pas à la langue vernaculaire d’évoluer normalement (archaïsmes) ;

5) à l’écrit : la transcription de la langue vernaculaire en caractères hébraïques.

Exemples de ces judéo-langues : le yiddish ou judéo-allemand, le judéo-arabe, le judéo-espagnol, le yevanit ou judéo-grec, le shuadit ou judéo-provençal etc.


  1. Et en Espagne ?


Durant « l’âge d’or » andalou, les juifs parlent l’arabe et écrivent en arabe et en hébreu (en gros, de la fondation du Califat de Cordoue (début du Xe s.) jusqu’à l’arrivée des fanatiques Almohades (1148). Dans l’Espagne chrétienne, en gros de la reconquête de Tolède en 1085 jusqu’aux massacres de 1391 et à l’expulsion de 1492, ils parlent les différents dialectes romans en gestation (castillan, léonais, catalan, aragonais...) Comme le montre l’exemple de l’École des traducteurs de Tolède, ils sont d’ailleurs les « passeurs » entre l’arabe et les langues latines : « les Arabes ont hellénisé les juifs qui, à leur tour, ont arabisé les chrétiens ». C’est ainsi que les juifs contribuent à l’évolution de ces langues romanes en devenir…


Peut-on parler à ce stade de judéo-langues ? Autrement dit : les juifs s’expriment-ils dans une langue ressentie comme plus ou moins étrangère par leurs voisins ? C’est affaire de nuances et de degrés. Non seulement les dialectes romans parlés par les juifs incorporaient de nombreuses expressions hébraïques pour désigner des objets ou des concepts spécifiquement juifs, mais ces emprunts (Jacobo Israël Garzón, 2017) modifient la structure phonologique de la langue en y introduisant des phonèmes inconnus des langues romanes, tels que le , le het ou le ‘ayin de l’hébreu. Des textes espagnols chrétiens des XIVe et XVe s. en témoignent : ils font parler les juifs (ou plutôt les « nouveaux chrétiens » qui s’étaient incorporés à leur société) de façon très particulière.


B. « L’exil dans l’exil » : naissance des dialectes du judéo-espagnol…


  1. Première étape : la koïné

Après l’exil, les juifs de Castille étant très majoritaires1, la koïnè (langue commune) qui se forme est à très nette dominante castillane avec un substrat d’autres langues latines (noter en particulier l’influence du portugais, surtout chez ceux qui sont restés au Portugal après 1497, en tant que marranes, puis ont fui à Bayonne ou aux Pays-Bas aux siècles suivants).

Très vite, cette langue présentera des aspects archaïques par rapport au castillan péninsulaire. Elle ne connaîtra par exemple ni la jota (à l’espagnol judío, avec jota, s’opposent en judéo-espagnol djidió dans la variété balkanique et judióau nord du Maroc, où le j se prononce comme en français moderne) ni le dévoisement des sifflantes (à l’espagnol casa, avec sifflante sourde, comme dans le français « tasse », s’oppose en judéo-espagnol casa avec sifflante sonore, comme dans le français « rose ». Ces évolutions n’apparaissent en effet en espagnol qu’après le départ des juifs.

Mais les différences essentielles apparaissent à partir du XVIIe s., sous l’influence des langues des pays d’accueil.


  1. Deuxième étape : les dialectes du judéo-espagnol

Au cours du XVIIe, cette koïné, qui était encore perçue comme de l’espagnol, se fragmente en dialectes. Bien qu’ils soient clairement différenciés, il demeurera entre eux, jusqu’au bout, une intercompréhension assez large pour qu’on puisse considérer qu’ils appartiennent à une seule et même langue, dont le nom générique est le judéo-espagnol. Les deux dialectes principaux sont celui de l’ex-Empire-Ottoman et celui du nord du Maroc.

Dans l’ex-Empire ottoman, les juifs pratiquent le judéo-espagnol oriental, désigné par ses locuteurs sous divers noms : djudezmo, djudyó, djidyó, espanyol, espanyoliko, yahudice pour les Turcs. C’est la koinè dont nous parlions plus haut, après plusieurs siècles d’évolution au contact du turc et, dans une moindre mesure, du grec, des langues slaves et beaucoup plus tard - mais massivement - du français et – à Thessalonique – de l’italien.

Dans le nord du Maroc (Tétouan, Tanger, Asilah, Larache, Alcazarquivir, Chefchauen) mais aussi dans les présides espagnols de Ceuta et Melilla, à Gibraltar et à Oran en Algérie, il s’agit du judéo-espagnol occidental appelé par ses locuteurs ḥaketía, hakitia, hakitiya, jaketia, jaquetia(ou bien tetauni à Oran, car il y avait été acclimaté par des migrants originaires de Tétouan). C’est la même koinè, après des siècles d’évolution au contact de l’arabe vernaculaire marocain et dans une moindre mesure du berbère, mais aussi de l’espagnol moderne et plus tard du français.

Les hispano-portugais, issus des communautés marranes et installés aux Pays-Bas ou dans la région de Bordeaux à partir du XVII e s., parlent un espagnol nettement plus moderne que les locuteurs de djudezmo ou de ḥaketía (ils sont restés plus longtemps dans la péninsule ibérique). Leur langue s’appauvrit progressivement jusqu’à disparaître dans la 2ème moitié du XIXe s.


Peut-être s’étonnera-t-on que le mot de ladino n’ait pas encore été prononcé ? Venons-y…


1 A la veille de l’expulsion : 3 aljamas dans le royaume de Valence, 3 en Catalogne, 19 en Aragon mais 216 en Castille, dans 400 localités. C’est la conséquence des terribles massacres de 1391.


 

  1. Le ladino


Ladino est un terme problématique, dans la mesure où il comporte au moins trois acceptions différentes qu’il convient de distinguer soigneusement :

ladino est souvent considéré comme un synonyme pur et simple de judéo-espagnol : « les descendants des juifs expulsés d’Espagne parlent le ladino » ; pour éviter toute ambiguïté, il me semble qu’il convient de préférer en ce sens le terme judéo-espagnol ;

certains – notamment en Israël - appellent ladino le judéo-espagnol oriental, c’est-à-dire le dialecte de l’ex-Empire ottoman : « au Maroc, ils parlent la ḥaketía mais chez nous, à Salonique, on parlait ladino » ; ici encore, et toujours pour éviter toute ambigüité, il me semble préférable d’utiliser le terme de djudezmo ;

reste une troisième acception du vocable ladino, la plus rigoureuse à mon avis et qui permet d’éviter les ambigüités dénoncées plus haut : ladino désigne une variété de judéo-espagnol exclusivement écrite, qui n’emprunte à aucune des langues de l’exil qui suit l’expulsion d’Espagne, pour l’excellente raison qu’il lui est antérieur.


Hélas, les choses se compliquent à nouveau, car deux thèses s’affrontent :


- Pour Haïm-Vidal Sephiha (Sephiha 1979) et, à sa suite, la plupart des spécialistes français, le ladino, que Sephiha appelle également « judéo-espagnol calque », apparu en Espagne bien avant l’expulsion, était exclusivement utilisé pour traduire, à l’attention de ceux qui ne comprennent pas l’hébreu (essentiellement les femmes et les enfants) certains textes utilisés dans la liturgie ; comme il s’agit de textes sacrés, on ne peut s’écarter du texte original et la traduction est donc servile, un calque mot-à-mot du texte original : des mots espagnols coulés dans une syntaxe hébraïque. Cette langue est « imparlable » et n’a donc jamais été parlée : c’est une langue artificielle, écrite, à visée pédagogique.


- Pour d’autres spécialistes, la thèse de Sephiha est excessive ou, pour mieux dire, ne concerne qu’une catégorie très spécifique de textes. Yaakov Bentolila (Tamar Alexander et Yaakov Bentolila, 2008) appelle ladino toutes les variétés de la langue écrite dans un style soutenu ; il s’agit d’un espagnol ancien très pur où les emprunts ne concernent que l’hébreu ; comme on n’y trouve ni arabismes1ni turcismes, c’est une vraie koiné, intemporelle, pour tous les judéo-espagnols, orientaux ou occidentaux.


- Il me semble pour ma part que l’on peut considérer que le « judéo-espagnol calque » de Sephiha est un cas particulier – effectivement « imparlable » - du ladino comme « langue écrite soutenue ». Si l’on considère les textes concrets, sans a priori idéologique, force est de constater qu’ici encore, tout est question de degrés : ils sont plus ou moins archaïques, plus ou moins calqués sur l’hébreu etc.



1 Sauf, évidemment, pour les mots déjà empruntés à l’arabe par l’espagnol médiéval – et on sait que ces emprunts sont nombreux.


 

 C Djudezmo et ḥaketía : comparaison des deux dialectes et développements ultérieurs


  1. Problèmes de transcription :


Les judéo-langues sont presque toujours transcrites en caractères hébraïques. Ce fut longtemps le cas du judéo-espagnol. On appelle les textes judéo-espagnols qui utilisent ce procédé des textes aljamiados. L’alphabet utilisé est l’hébreu « carré » ou bien une écriture cursive et, dans ce dernier cas, il peut s’agir soit de l’écriture rashi, notamment pour l’imprimerie, soit d’une autre écriture cursive, spécifique au judéo-espagnol, le solitreoqui n’est, de plus, pour tout simplifier, pas tout à fait la même au Maroc et dans l’ex-Empire ottoman ! (Voici un lien pour apprendre à lire ou à écrire le solitreo ottoman avec le professeur David Bunis : https://youtu.be/Pn8nKnpI2nw).


Deux exemples de textes judéo-espagnols en hébreu carré. Il s’agit respectivement du journal de Constantinople El Tiempo daté du 21 octobre 1925 et du journal La Bozdel Pueblo de Salonique (cette dernière image est trop floue pour que je puisse déchiffrer la date !)

Voici à présent un texte bilingue : à droite, l’hébreu (en hébreu carré), à gauche la traduction en judéo-espagnol (en écriture rashi) : il s’agit de las Koplas de Yosef haTsadik (un poème rédigé par Abraham de Toledo au XVIIIe s.) C’est la femme de Putiphar qui s’adresse à Joseph. Le premier vers (à gauche, donc en judéo-espagnol) dit : Yusef, mi alma y mi vida.

Et voici une édition récente du Petit Prince en djudezmo. Le nom de l’auteur, le titre et la langue sont mentionnées en caractères latins et en cursive rashi. Vous noterez que l’éditeur emploie le mot ladino au sens 2 (synonyme de djudezmo)


Dernier exemple : le recueil manuscrit des procès-verbaux des réunions du comité directeur de la communauté juive de Tanger dans la deuxième moitié du XIXe s. La page de garde est en hébreu carré (on peut y lire Libro de actas de la Juntaselecta de la comunidadhebrea de Tanger). Et la première page est en solitreo (une solide formation paléographique serait nécessaire pour déchiffrer les ligatures manuscrites !)


Mais, seule parmi les judéo-langues, le judéo-espagnol a également été transcrit en caractères latins.


Pour le djudezmo, l’usage a d’abord fluctué. Il s’est définitivement fixé à une date assez récente en optant pour une graphie aussi proche que possible de celle du turc (d’où la prolifération des k, lettre assez rare en espagnol). Voici par exemple un extrait d’un récent numéro de Kaminando i avlando, la revue de l’association Aki Estamos. Il s’agit d’un conte, No se savenunka (« On ne peut jamais savoir »). Les hispanophones constateront que le texte abonde en turcismes : c’est bien du djudezmo.


Le problème est plus épineux pour la ḥaketía, langue essentiellement orale : les intellectuels du nord du Maroc n’ont jamais écrit en ḥaketía mais plutôt en espagnol moderne, car ils étaient trop proches géographiquement et culturellement de l’Espagne, alors qu’il existe des milliers d’ouvrages et de périodiques écrits en djudezmo. Cependant, on trouve en ḥaketía quantité de proverbes, romances, contes etc. et, en privé, les hakétiophones échangent souvent par écrit (et récemment par courriel) dans un beau désordre graphique.


Un groupe de spécialistes1 de ḥaketía, agacés de devoir échanger des courriels en ḥaketía dans une orthographe approximative et changeante, ont donc tenté d’élaborer une méthode de transcription qui rencontre un certain succès dans le (petit) milieu hakétiophone, système fondé sur deux principes :


a.- alors qu’il y a une certaine « autonomie » du djudezmo, la ḥaketía, surtout depuis 1860, est un dialecte de l’espagnol et il faut donc se rapprocher autant que possible de l’orthographe espagnole moderne ;


b.- il faut éviter la prolifération des signes diacritiques qui ne figurent pas sur les claviers. Ci-dessous un résumé de ces règles de transcription, établi par Line Amselem .


  1. Relations du djudezmo et de la ḥaketía :


Impossible en si peu de temps de proposer une étude comparée de ces deux dialectes du judéo-espagnol. On se contentera donc ici de quelques remarques.

Il faut d’abord rappeler que si le djudezmo possède une véritable littérature et que de très nombreux journaux ont été publiés dans cette langue, il n’en va pas de même pour la ḥaketía, langue, répétons-le, essentiellement orale, profondément « réhispanisée » à l’époque moderne du fait de la proximité des côtes espagnoles, de la conquête de Tétouan, de la présence du protectorat espagnol au Maroc - tout cela ayant engendré une diglossie des élites juives, soucieuses de parler le « véritable » espagnol et qui considèrent la ḥaketía comme un patois réservé aux classes les plus défavorisées.


Il faut ensuite dire quelques mots du rapport de chacune de ces deux langues à leurs pays d’accueil respectifs. Ce qui suit s’inspire du bel article de David Bunis, « The Differential Impact of Arabic on Ḥaketía and Turkish on Judezmo », dans Tamar Alexander et Yaakov Bentolila, 2008 :


  • dans l’Empire ottoman, chaque groupe national ou religieux cultivait sa propre langue pour la communication à l’intérieur du groupe et la langue du pays pour l’extérieur. Il est donc normal que les Séphardim aient fait de même à leur arrivée. Au Maroc, les communautés de Toshavim (juifs « autochtones ») avaient adopté l’arabe (ou le berbère), sous forme de judéo-langues. Pourtant, les Megorashim (« Expulsés ») ont adopté au Maroc la même démarche que ceux de l’Empire ottoman. Mais l’impact du turc ou du grec sur le djudezmo est logiquement moins important que celui de l’arabe ou du berbère sur la ḥaketía :


  • ceux qui arrivent au Maroc sont en contact avec une langue, l’arabe, bien plus proche de l’hébreu que le turc ou le grec (phonétique, morphologie, syntaxe et vocabulaire) et ont tendance à lui emprunter bien plus de traits, alors que ceux qui arrivent dans l’Empire ottoman sont en contact avec une langue totalement différente, le turc, qu’ils parleront toujours avec un accent et des traits caractéristiques (voir les personnages juifs du théâtre d’ombres turc). Ils ont cependant intégré de nombreux turcismes à leur judéo-espagnol, plus que les autres minorités présentes dans l’Empire ottoman, car ces minorités avaient été intégrées de force à l’Empire alors qu’eux avaient été « invités » et n’éprouvaient pas de ressentiment à l’égard des Turcs.


  • En ḥaketía on observe une meilleure conservation de phonèmes de l’arabe (consonnes laryngales, consonnes géminées…) là où le djudezmo ne présente pas ces traits. Mais on constate en djudezmo un phénomène parallèle : des réalisations phonologiques du turc passent dans la langue. Fascinant : le même mot arabe n’est pas prononcé de la même façon en ḥaketía (influence directe de l’arabe) et en djudezmo (passage par le turc où les arabismes sont nombreux).


  • En ḥaketía abondent les mots composés d’une racine arabe avec un suffixe espagnol (-ar, ear, ero, -dor, eado, -ito, -ina… alors qu’en djudezmo, on a le phénomène inverse : des morphèmes non-turcs (par exemple espagnols ou hébraïques) accompagnés d’un suffixe turc : ex. : masagi : fabricant de matsot.


  • Souvent, un vieux mot espagnol est conservé. Par exemple, l’espagnol verdura (« légume ») donne verdura en ḥaketía et vedrura en djudezmo, mais se trouve, selon les contextes, en concurrence avec un emprunt à la langue du pays d’accueil (hodra en ḥaketía, par emprunt à l’arabe qui signifie « légume » et zarzava en djudezmo, par emprunt au turc)


  • Selon les communautés et selon le registre de langue utilisé, le nombre d’arabismes était plus ou moins important en ḥaketía (il y a donc des « sous-dialectes » de la ḥaketía). Même phénomène en djudezmo : beaucoup de turcismes dans le djudezmo de Constantinople, très peu dans celui de Salonique.


  • Dans la phonétique de la ḥaketía interviennent non seulement l’espagnol médiéval, l’hébreu, et l’arabe, mais aussi des particularités de l’espagnol andalou, et - de plus en plus au fil du temps - de l’espagnol contemporain.


  • En ḥaketía, tous les mots sont oxytons ou paroxytons ; mais surtout, chacune des deux langues (voir ci-dessous les extraits sonores) possède une intonation caractéristique.


  1. Évolutions récentes :


  • En orient : on note une influence de plus en plus marquée du français par le biais des écoles de l’Alliance israélite universelle et des collèges et lycées français publics ou privés ; les emprunts massifs à cette langue génèrent une sorte de « judéo-fragnol ». L’exil, puis la shoah entraînent un déclin de la langue. C’est l’ « agonie des judéo-espagnols » dont parle Séphiha.


  • L’influence du français se fait également sentir en ḥaketía (on voit s’esquisser ici aussi un judéo-fragnol) mais les phénomènes principaux restent d’une part la réhispanisation de la ḥaketía à partir de 1860 et d’autre part sa stigmatisation en tant que langue des classes les plus modestes et sa relégation aux cercles familiaux ou amicaux. Dès le milieu du XXe s., la ḥaketía n’est plus attestée qu’à l’état de traces à connotations généralement humoristiques.

1 Yaakov Bentolila (Israël, originaire de Tétouan), Line Amselem (Paris, originaire de Larache et Tanger), Solly Lévy (Canada, originaire de Tanger), Alicia Sisso Raz (New York, originaire de Tétouan), Abraham Bengio (Paris, originaire de Tanger).


 

Conclusion




Aujourd’hui, quelle que soit la variété considérée, le judéo-espagnol est devenu une langue « post-vernaculaire ». On note certes, depuis quelques années, un intérêt - bien tardif - pour la culture et la langue judéo-espagnoles : quelques auteurs continuent à utiliser cette langue (par une ironie du sort, c’est « en exil », au Québec, que Solly Lévy produit une œuvre intéressante en ḥaketía) ; des associations voient le jour, parmi lesquelles on peut citer Vidas Largas, Aki Estamos, los Muestros, ainsi que des sites tels que Ladinokomunita, Voces de Ḥaketía, E-Sefarad, Radio Sefarad etc. ; des chaires universitaires se créent ; on collecte les proverbes et les romances ; la chanson judéo-espagnole est à la mode (même si ses interprètes ignorent la plupart du temps la langue et la prononcent de façon fantaisiste) ; on publie des dictionnaires et des mémoires ; on organise dans les communautés des cours de langue ; le gouvernement espagnol crée un Centro Sefarad à Madrid… Mais il faut bien donner raison à Isaac Benabu, de l’Université hébraïque de Jerusalem, dont l’article publié dans Tamar Alexander et Yaakov Bentolila (2008) porte un titre à l’humour triste : “JewishLanguages and Life afterDeath” Ce qu’il dit de la survie d’idiomatismes hakétiesques parmi les judéo-espagnols du nord du Maroc qui ont émigré vers d’autres pays, vaut aussi pour le djudezmo :“what Ḥaketía (and Ḥaketía is not an isolated case) as a Jewishlanguagedemonstratesis a resistance to extinction, evenaftermost of the Jewishcommunitieswhere the languagetraditionallyheldcommoncurrency have all but disappeared and theirinhabitantsemigrated to distant countries”. « Résistance à l’extinction », « vie après la mort », c’est l’étrange et mélancolique régime de cette langue aujourd’hui… Et ce sera aussi ma conclusion.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 


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posté le lundi 12 novembre 2018

le 11 novembre 2018 : 11 novembre 1918 : Ensemble célébrons la paix Ville de Lyon Organisé par Ville de Lyon

 

 

 Le 11 novembre prochain, 100 ans jour pour jour après la signature de l’armistice marquant la fin de la première guerre mondiale, Lyon célébrera la paix.

 

Cette journée du 11 novembre s’inscrit dans la programmation culturelle « 2018, Centenaire de la Paix » initiée par la Ville de Lyon afin de marquer l’année 2018, riche en symboles historiques, à travers des expositions, des conférences, des concerts…

? Rendez-vous de 10h à 13h, place Bellecour ?
La cérémonie militaire débutera à 10h avec la prise d’arme et la revue des troupes, en présence notamment des troupes de montagne qui fêtent leur 130ème anniversaire.
Sonnerie du cessez-le-feu avec l’un des clairons historiques du 11 novembre 1918.

? Volée de cloches ?
Instant hautement symbolique, à 11h : une minute de silence nationale sera observée en hommage aux poilus morts pour la France.

Et à l’unisson de toutes les villes de France, les cloches des églises lyonnaises sonneront la fin de la guerre comme ce fut le cas le 11 novembre 1918, suite à la signature de l’armistice.

le carillon de l’Hôtel de Ville proposera des airs emblématiques de l’époque (à 11h et 13h).

Les autorités se recueilleront ensuite devant le Veilleur de pierre avec un dépôt de gerbes suivi de la lecture de l’ordre du jour du Maréchal Foch par des élèves du lycée Edouard Herriot.

? 300 choristes ?
Un choeur bleu blanc rouge réunira 300 jeunes issus de la Maitrise de l’Opéra de Lyon et des chorales de collèges des différents arrondissements de la ville. Accompagnés au piano, ils rythmeront la cérémonie, entonnant plusieurs chants symboliques entre les allocutions officielles : « La Marseillaise », le « Chant du départ », « C’est notre drapeau » et pour clôturer la cérémonie vers 12h30 l’« Hymne à la joie ».

? Parade de drapeaux ?
Afin de rappeler l’envergure de ce premier conflit mondial, les drapeaux de 93 pays ayant pris part aux combats seront portés par des jeunes ressortissants (lycéens, associations, jeunes en Service civique…) des différentes nations belligérantes.
Ainsi défileront, en tête et côte à côte, les drapeaux français et allemand, suivis des autres pays par ordre alphabétique.
Le drapeau européen viendra clore la parade. Pendant le défilé, les choristes entonneront « C’est notre drapeau ».

? Funambule et lâcher de ballons et colombes ?
La dernière partie de la manifestation, à partir de 11h50, sera marquée par les discours officiels du représentant du Comité de liaison, puis du Maire de Lyon et du Préfet au nom du gouvernement, entrecoupés de performances poétiques symbolisant la paix.

A 12h, un funambule traversera dans les airs la place Bellecour sur un air de piano (« Rêverie » de Claude Debussy, décédé en 1918) pour déclencher une envolée de colombes.

A 12h30, au son de l’hymne européen entonné par les 300 choristes, 2018 ballons seront lâchés dans les airs.


Parce que la culture est une caisse de résonance pour l’histoire et les débats de société, la Ville de Lyon a souhaité marquer l’année 2018, riche en symboles historiques, par une programmation culturelle foisonnante sous une bannière commune : « 2018, Centenaire de la Paix ».

? Événement présenté dans le cadre des commémorations pour la paix organisées par la ville de Lyon "2018, Centenaire de la Paix". 

 

 

 

 

 

 

 

 

 À Lyon, nous avons rendu un vibrant hommage aux millions de Morts pour la France durant les affrontements de la Grande Guerre. Réunis, unis, Place Bellecour, pour commémorer la Victoire, mais aussi pour célébrer la Paix, celle d’aujourd’hui et celle que nous voulons pour demain. Nous avons rendu hommage à ceux qui nous ont défendu hier mais aussi à ceux qui nous défendent aujourd’hui, au sacrifice de leur vie, sur le sol national comme dans les opérations extérieures. La mémoire de la Grande Guerre doit nous inspirer de la vigilance.

« Nous sommes réunis dans la conscience de notre Histoire et dans le refus de sa répétition. » 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 


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posté le lundi 12 novembre 2018

le 10 novembre 2018 : Hommage rendu à Rachid Taha du groupe Carte de Séjours au Centre Culturel Charlie Chaplin à Vaulx en Velin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  
 


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